La précarité menstruelle, un faux problème ? Quid de l'autonomie menstruelle ?
- Jessica Spina
- 22 mars 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 nov. 2024

(Modifications 11/2024)
En cette période particulière où les nations réalisent que les femmes ont des droits, certains acquis depuis peu, j’avais envie d’évoquer avec vous, le droit à l’autonomie menstruelle.
Comme vous le savez, il y a eu quelques petites avancées ces derniers temps, comme le droit aux protections menstruelles gratuites (avec des conditions pour certaines parties de la population féminine – hélas, on ne peut pas tout avoir d’un coup) dans quelques pays comme l’Écosse, quelques états aux É.-U., en Corée du Sud, en Angleterre, en Allemagne et tout récemment en France pour nos jeunes étudiantes en situation de précarité avec un accès gratuit via distributeurs.
Une mesure d’urgence évoquée : la conjoncture actuelle n’a fait que révéler ce qui a toujours été là. Bien que, soyons honnêtes, la précarité menstruelle ne touche pas que nos jeunes…
Une étude menée par la FAGE sur la précarité menstruelle chez les étudiant-e-s en France a permis de mettre en lumière ce qui est malheureusement récurant avec un tiers des étudiant-e-s concerné-es. Nos jeunes n'ont pas les moyens financiers d'acheter des protections periodiques selon leur besoin réel.
Qu’est-ce que l’autonomie menstruelle?
La physiologie du flux instinctif libre consiste à gérer ses menstruations, sans recours aux protections périodique, l'évacuation du flux menstruel est contrôlé en écoutant et en ajustant les signaux naturels de son corps.
Au-delà de la pratique, l’autonomie menstruelle représente la capacité d’agir librement et d’être indépendante en termes de charge mentale, financière, matérielle et éthique dans la gestion de ses règles.
Malheureusement la majorité des gens continuent de penser que les femmes qui ont leurs règles ont un « besoin physiologique » de protections périodiques.
Vous me suivez ?
Évidemment que les protections periodiques ne sont pas un "besoin physiologique" puisque naturellement, les femmes sont constituées de manière à gérer naturellement leurs saignements.
Sauf cas particulier, mais ceci n'est pas la majorité. Bien-sur que certaines situations et conditions ne permettent pas la mise en place du flux instinctif libre ou sa pratique quotidienne (mères en post-partum, pathologie particulière, handicap, impossibilité d'aller aux WC durant plusieurs heures etc )
Pour toutes les autres femmes, la réelle autonomie menstruelle est l'auto-gestion par son propre corps.
Quoi qu’on en dise, cette autonomie-là est TOTALE car une gestion menstruelle qui dépend quotidiennement d’objets tels que serviettes, tampons, cup, culottes menstruelles, est une subordination, et ne devrait-être qu'un soutient artificiel ponctuel.
Et c'est cette dépendance aux protections périodiques depuis nos premiers saignements qui créait la précarité menstruelle.
Mais à bien y réfléchir, c'est un faux problème qui pourrait être réglé (si-si, j'ai osé) en sensibilisant et en apprenant aux jeunes filles et aux femmes à pratiquer le FIL plutôt que de chercher des stratégies pour fournir aux filles et aux femmes des protections periodiques "gratuites".
Même si l'idée par d'une bonne intention, elle ne fait qu'entretenir le problème !
Aucune entreprise qui réalise des milliards grâce à la moitié de la population mondiale ne souhaitera, ni ne voudra, que les protections périodiques deviennent gratuites un jour. Il y a trop d'enjeux économiques, et vu la lenteur du processus politique lorsqu'il s'agit de légiférer sur le bien-être des femmes, on risque d'attendre encore quelques décennies avant de voir les serviettes devenir gratuites...
Si l'intention des politiciens, des éducateurs en santé génésique ainsi que les sages-femmes, gynécologues et médecins, est de trouver des solutions à la précarité menstruelle, alors la solution est limpide et extrêmement simple: proposer une véritable autonomie plutôt qu'une dépendance.
La souveraineté personnelle, ne désigne t'elle pas un état de pleine autonomie et d'indépendance dans la gestion de soi-même, incluant ses choix, son corps, et sa vie en général ?
La souveraineté de son corps commence par la connaissance et l’autonomie sur des fonctions naturelles, comme les menstruations. La "dépendance" aux protections périodiques est souvent instaurée très tôt, présentée comme la seule manière de gérer les règles. Cela crée une sorte d’automatisme qui réduit la capacité des jeunes filles et des femmes à comprendre leur corps en profondeur, et à exercer une véritable maîtrise sur ce processus naturel. Cette dépendance induite est un faux problème : au lieu d’éduquer les jeunes filles sur les diverses manières d’accompagner leurs menstruations, on leur enseigne simplement à utiliser des produits. Ce conditionnement finit par les enfermer dans une vision de leurs règles qui repose sur une solution externe et commerciale tout en alimentant une méconnaissance de leur corps et empêchant d'exercer une véritable maîtrise sur ce processus naturel.
Bien sûr, il est évident que les changements ne peuvent se faire immédiatement, et que l'accès aux protections périodiques devrait plutôt être envisagé comme une étape intermédiaire, accompagnée d'une véritable réflexion sur le long terme et de mesures éducatives concrètes.
La véritable autonomie, en matière de menstruations, passe par une éducation qui valorise la compréhension corporelle et les capacités d’autogestion, rendant ainsi possible la souveraineté corporelle dès le plus jeune âge.
Jessica Spina - Cyclofeminae
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